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Dernière mise à jour : 26.02.08
contacts Corinne Reti, Anne Laure Barbe, François Chatelain: 
 

 

 
< Introduction >

Un projet ambitieux, un programme considérable.

Le 30 août 2007, une nouvelle circulaire sur l'enseignement d'une langue étrangère à l'école primaire a été publiée au Bulletin Officiel . Cette circulaire rend cet enseignement obligatoire aux cycles 2 (CE1) et 3 (CM1-CM2), avant d'être étendu, l'année prochaine, en principe, au CP, conformément au calendrier de 2006. 

Cette promotion des langues en primaire au rang de discipline à part entière répond au but fixé par la Commission européenne de plurilinguisme dans chacun des Etats-membres afin de " préparer les élèves à la mobilité européenne et internationale, et à l'intensification des échanges internationaux ". La " rénovation de l'enseignement des langues vivantes étrangères "en primaire insiste sur le développement de la compétence orale avant tout. Il renvoie au décret du 22 août 2005 où a été adopté dans l'Education Nationale le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL) (PDF).

Depuis le mois d'octobre 2007, est testé le livret de connaissances et de compétences. Il intègre la grille de référence en langues étrangères.

À noter que, dans le " socle commun de connaissances et de compétences " la pratique d'une langue étrangère est située en deuxième place après le français et avant les mathématiques.

Ce moment est déterminant sur le plan politique puisqu'il signe l'intégration d'une politique éducative nationale dans les objectifs économiques européens de la LOLF: (voir les objectifs et les indicateurs de performance de l'enseignement scolaire retenus par le Parlement dans la loi de finances pour 2007 ici .
Il est aussi déterminant quant à la place que la langue étrangère devrait désormais avoir à l'école élémentaire, intégrée à l'enseignement généraliste et à l'approche visant la communication orale par l'oral et non l'écrit, comme c'est le cas traditionnellement en France.

Le préambule commun aux " Programmes de langues étrangères pour l'école primaire " (PDF) de la dernière circulaire en est l'illustration.

Le niveau visé à la fin du cycle 3 est le niveau A1 de la grille de compétences du Cadre (tel qu'il est décliné pour l'enseignement scolaire). Le volume horaire total est de 54 heures dans l'année, à raison d'1h30 par semaine (en 2 ou 3 séances).

L'objectif présenté est triple : " développer chez l'élève des comportements et attitudes indispensables pour l'apprentissage des langues […] ", " éduquer son oreille […] ", et " lui faire acquérir […] des connaissances et des capacités, prioritairement à l'oral ".
Le programme est orienté sur trois axes : les connaissances (phonologie, culture et lexique, grammaire), les capacités (centrées sur les activités de communication), les attitudes (prise de conscience du relatif, de l'altérité). Au terme du cours élémentaire, l'élève, " par un entraînement régulier et méthodique " doit avoir acquis les cinq compétences au niveau A1 décrites dans le tableau récapitulatif du Cadre relatives à l'interaction orale, à la compréhension orale, à l'expression en continu, à la lecture et aux rudiments de l'écriture (fin du 3e cycle).

Qu'est-ce que cela change pour les élèves ?

Il y avait déjà des initiations aux langues étrangères, mais ce n'était pas obligatoire. L'apprentissage implique qu'il y a désormais une continuité d'enseignement de la langue d'une année sur l'autre, une progression et une évaluation régulières des acquis.

Qu'est-ce que cela change pour l'enseignant ?

Depuis 2006, tous les aspirants au poste de professeur des écoles doivent passer une épreuve de langue pour entrer à l'IUFM avec 8 langues au choix : l'anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol, le chinois, l'arabe, le portugais, le russe. 40 heures de cours sont dispensées durant les deux années de formation, le but étant que l'enseignant se passe d'assistant en prenant entièrement à sa charge la matière " langue étrangère ", ce qui a déjà conduit pour cette année 2007-2008 à la suppression de plusieurs centaines de postes d'intervenants extérieurs, notamment les assistants étrangers. Les enseignants déjà titularisés sont fortement incités à suivre une procédure d'habilitation en langue : la formation est de 24 heures pour l'habilitation provisoire (l'examen dure 20 minutes) suivies de l'observation de la pratique de classe par un inspecteur pour l'habilitation définitive. Des formations de perfectionnement, des stages européens sont également possibles. Les sites de ressources pédagogiques du CRDP (notamment Prim'langue) sont à disposition.

Selon le Cadre, le niveau requis est B2 au minimum pour enseigner à des élèves devant atteindre le niveau A1. Mais dans l'Education Nationale, le niveau attendu est moindre (B2 en compréhension mais B1 en expression orale). Le choix en France est donc d'attendre des professeurs des écoles une compétence minimale en langue qui soit cohérente avec les compétences pédagogiques issues de la formation généraliste de l'IUFM.

Un état des lieux disparate.

L'Académie de Paris se réjouit du nombre de professeurs habilités cette année : 60% des classes sont enseignées par un maître.

Lors d’une réunion d’information le 21 février 2008, M. Rosselet, inspecteur d’Académie du 1er degré, nous a annoncé que la moitié des CE1 parisiens suit désormais un cours de LV1.

Pour plus de 80 % des classes, il s'agit d'un enseignement en anglais. La deuxième place revient à l'allemand (13, 8%).

Le faible nombre d'élèves de CE1 suivant un cours de LV1 vient contredire les ambitions de cet été : faute d'un nombre suffisant d'enseignants habilités, et compte tenu de la suppression des intervenants extérieurs, les écoles parent en priorité aux cycles 3 et aux CE2. La continuité n'est pas toujours assurée non plus entre le CE2 et le CM2 d'une même école, soit que la langue n'est pas la même d'une année sur l'autre, soit qu'une classe, même en cycle 3, n'a ni enseignant habilité, ni intervenant extérieur. Donc, aucun enseignement de langue de toute l'année, alors que c'est une priorité affichée de l'Education Nationale.

La mise en place n'est donc pas égale partout.

Contrairement aux projets initiaux, l’année 2008-9 ne verra pas l’introduction des langues en CP, mais la généralisation de cette matière à tous les CE1 et cycles 3.

L’objectif aussi, c’est d’harmoniser cet enseignement entre l’école élémentaire et le collège. Les écoles dispensant autre chose que de l’anglais seront repérées et fléchées pour les enseignants de façon à être en lien avec les langues proposées au(x) collège(s) proche(s). Exemple : il y a aura du chinois dans une école du 13e, puisqu’il y a une classe bilangue anglais-chinois à G. Fauré.

Un jumelage est mis en œuvre entre les circonscriptions parisiennes et les burroughs londoniens (au nombre de 20 également), Pour l’instant, ce jumelage est établi pour une quarantaine d’écoles à Paris et autant à Londres. En mars, les Inspecteurs de circonscription feront une nouvelle visite d’écoles londoniennes.

Ces connexions Internet permettront des échanges en temps réels, des correspondances orales et écrites entre les élèves et les enseignants des deux langues.

L’école des Amandiers est pilote en la matière comme en tout ce qui touche aux TUIC (Technologies Usuelles de la Communication et de l’Information)

Selon M. Rosselet, malgré les conventions établies avec l’Allemagne, il sera impossible de promouvoir cette langue dans suffisamment d’écoles à côté de l’anglais, sans parler des autres langues. Si bien que l’on va probablement vers un enseignement généralisé de l’anglais pour tous en primaire, et l’introduction d’une LV2 en 6e

Le projet affiché.

Ce qui est annoncé pour harmoniser les enseignements dans les écoles et garantir la continuité de l'école au collège : les écoles seront " fléchées " pour les enseignants. C'est-à-dire que les enseignants habilités dans une langue se verront proposer de travailler dans les écoles où leur langue sera déjà enseignée dans une autre classe. D'autre part, les écoles devraient bientôt proposer 2 langues pour 8 classes et des 6e bi-langues au collège voisin pour assurer à la fois diversité et continuité. Le moyen d'y parvenir reste encore bien incertain, étant donné qu'aujourd'hui déjà, des écoles n'enseignent que l'anglais alors que le collège voisin propose de l'espagnol ou de l'allemand en première langue.

Questions :

Peut-il y avoir à la fois diversité des langues enseignées et continuité d'une année sur l'autre ? Ces deux annonces ne sont-elles pas contradictoires ?

Que faut-il privilégier ?
La continuité d'une année sur l'autre en élémentaire et de l'élémentaire au collège au risque de réduire la diversité des langues et de favoriser les langues dominantes ?
O
u faudrait-il, au contraire, permettre la découverte d'autres  langues, même si elles ne sont pas suivies d'une année sur l'autre ?

Les conditions sont-elles réunies pour un enseignement de qualité, à  la hauteur des attentes du programme du livret de compétences ? 

Les moyens sont-ils réunis pour pouvoir prétendre que les langues étrangères sont effectivement une des priorités de l'Education
Nationale aujourd'hui ?

Au moment où deux heures d'enseignement hebdomadaires sont supprimées, on comprime 1h 30 d'enseignement des langues dans le temps restant.
Accepte-t-on que les moyens octroyés à l'enseignement des langues, comme les autres matières d'ailleurs, soit encadrés par la Loi
Organique relative aux Lois de Finance où les acquis sont quantifiés en termes de « performances », où la course au résultat prime sur la
diversité des cheminements, où l'école est « gérée » en flux tendus  (l'enseignement d'une langue étrangère par l'enseignant-e permet une
économie non négligeable) ?

Faites-nous part de vos avis et expériences ici

 

< documents et liens utiles >
 

En accès libre

   
 

Textes officiels
La circulaire 2006 sur l'enseignement des langues  (PDF)

La grille de référence "langues" du livret de connaissances et de compétences (PDF)


 Portail langue de l'académie de Paris : lve.scola.ac-paris.fr


Compte rendu de la 4e journée des langues interdegrés du CRDP (24 octobre 2007) sur le thème " La parole est aux élèves, l'intéraction orale " : ici  (avec deux séquences filmées dans les classes montrant des exemples d'interaction orale)

 

 

Bibliographie :

L. Porcher et D. Groux, L'apprentissage précoce des langues, Que-sais-je, 2003, PUF.
Et notamment :
Chapitre II : " Etat des lieux de l'apprentissage précoce des langues vivantes en Europe et dans le monde ". La prédominance de l'anglais est générale. " … puisque, de toute façon, l'anglais s'affirme comme la langue de communication internationale, et apparaît de ce fait incontournable, n'aurait-on pas intérêt à privilégier - voire imposer - l'étude d'une langue autre que l'anglais en primaire, pour commencer l'étude de l'anglais à la fin du primaire ou au début du secondaire ? L'objectif européen de diversification des langues serait alors atteint. "

Des exemples intéressants d'enseignements bilingues (quand la langue apprise devient deuxième langue d'enseignement).

Chapitre III : " Etat des lieux de l'apprentissage précoce des langues vivantes en France ". Sur l'histoire de l'enseignement de LVE en primaire, depuis les premières expérimentations à aujourd'hui (enfin, 2003).

Dans Théories d'apprentissage et acquisition d'une langue étrangère, de D. Gaonac'h (peu digeste, par ailleurs !), on trouve une analyse intéressante sur différents modes d'apprentissage : en immersion totale, en milieu scolaire, aux différents âges de l'enfance.
- Les comparaisons permettent de voir qu'un apprentissage de LVE à l'école prend des formes diverses selon le temps qui y est consacré, l'implication des élèves, la formation des enseignants, la culture éducative du pays. Ca paraît être une lapalissade, mais avec des exemples, c'est assez parlant.
- Où l'on voit surtout que la précocité n'est pas un atout en toutes choses : certains apprentissages sont plus efficaces chez les enfants de 10-12 ans que chez les plus jeunes (syntaxe, évitement des calques de la langue maternelle sur la LVE, apprentissage du lexique plus rapide).

P. Martinez, La didactique des langues étrangères, Que sais-je, 1996, PUF.
Pour le chapitre sur les approches communicative et actionnelle préconisées dans le CECRL et valorisée dans les textes officiels de l'EN en ce qui concerne l'enseignement des langues.

Dans l'approche communicative, un point important est le statut de l'erreur qui n'est pas traitée comme une faute à bannir afin de ne pas inhiber toute envie d'expression. Il s'agit alors de favoriser la fluidité de la parole, plutôt que l'exactitude grammaticale, ne revenir sur les principales erreurs que dans un second temps, ne pas interrompre…

Ce qui n'est pas propre à la culture éducative française, contrairement à ce qui est de mise dans les pays anglo-saxons ou nordiques. Ainsi, à compétence grammaticale égale, un petit Anglais parlera ou tartinera toute une page en LVE alors que l'écolier (ou collégien) Français se taira ou bredouillera de peur de faire une " faute "…

Cela étant, le tout-communicatif n'est pas sans écueil, la réflexion sur le fonctionnement de la langue n'étant pas un obstacle à la capacité de la parler spontanément…

 

 

 

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